Update Obligations: La pression sur les marchés s’intensifie

Les marchés obligataires restent sous pression, notamment à cause des tensions dans le détroit d’Ormuz. Les rendements ont affiché une hausse sur toute la courbe, avec les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans qui ont brièvement atteint la fourchette de 4,66 % à 4,68 %, et les rendements à 30 ans qui ont grimpé à des niveaux inédits depuis près de 20 ans.
Au même moment, la volatilité des actifs à revenu fixe s’est appréciée, signalant une nervosité croissante parmi les investisseurs. Les prévisions du marché ont fortement fluctué au cours des dernières semaines. Les investisseurs misent dorénavant sur environ 80 % de probabilité d’assister à une hausse de taux de la Réserve fédérale d’ici la fin de l’année, ce qui représente un véritable tournant par rapport aux prévisions de baisses de taux antérieures. Tous les yeux sont à présent rivés sur la première réunion de la Réserve fédérale sous la direction de son nouveau président Kevin Warsh, qui aura lieu au milieu du mois de juin. Son principal défi sera de piloter la politique monétaire sans ajouter de tension supplémentaire sur un marché obligataire déjà sous forte pression. Ses préférences en matière de politique, à savoir une réduction du bilan, des baisses de taux et un recours limité au pilotage prospectif (forward guidance), associées à son opinion selon laquelle l’IA serait désinflationniste, pourraient s’avérer difficiles à concilier avec les conditions de marché actuelles, en particulier avec une inflation qui reste élevée.
Les inquiétudes relatives à l’inflation persistent. L’énergie ne peut plus être considérée comme le seul facteur à prendre en compte, car les composantes sous-jacentes comme les services et les loyers continuent d’afficher une pression constante. Dans la zone euro, l’inflation est remontée aux alentours des 3 %, confirmant que la hausse des prix s’avère plus persistante que prévu. Simultanément, la récente baisse de l’inflation de base (inflation excluant les éléments les plus volatils comme l’énergie et l’alimentation) souligne une fois de plus la sensibilité extrême de l’Europe aux prix de l’énergie. L’Europe est beaucoup plus dépendante des importations de pétrole que les États-Unis.
Courbe de rendement et positionnement de marché
Le principal moteur des marchés obligataires reste la partie longue de la courbe, où la hausse de la dette publique et l’expansion budgétaire en cours continuent de faire grimper les rendements. Sur la partie courte de la courbe, les marchés ont déjà anticipé plusieurs hausses de taux, potentiellement plus que ce qui sera finalement décidé par la BCE. La situation en Iran doit cependant encore se stabiliser pour éviter des effets d’inflation de second tour. Les effets de second tour ont lieu à la suite d’une hausse de prix initiale. Une augmentation des prix du pétrole est par exemple susceptible de faire grimper les exigences salariales, déclenchant potentiellement une spirale prix-salaires.
Le plus étonnant est la déconnexion entre les marchés des actions et les marchés obligataires. Alors que les marchés obligataires restent tendus, les marchés des actions évoluent toujours à des niveaux proches de leur sommet historique.
Conséquences sur les portefeuilles
Dans ce contexte, nous prévoyons une pause sur les marchés. Une période de consolidation ou des décisions sélectives pour réduire le risque semblent probables, en particulier si la pression sur l’extrémité longue de la courbe se maintient.
Nous restons dès lors prudents et continuons de nous concentrer sur le milieu de la courbe de rendement, où les valorisations semblent plus équilibrées. De manière générale, la divergence actuelle entre les marchés obligataires et les actifs risqués ne devrait pas se poursuivre. La hausse de la volatilité des taux nous rappelle qu’une approche disciplinée et sélective reste la meilleure stratégie. L’actualité relative au détroit d’Ormuz reste cruciale, car elle exercera une influence notable sur l’orientation des marchés.
Anton Nikitin